Interview de Samuel Boulesteix (Gaston Lagaffe Bronze)

 

: S’attaquer à Franquin, en tant que sculpteur, une gageure, non ?

 

: Comme dit le dicton: " Il ignorait que c'était impossible, c'est pour ça qu'il a réussi "... (Rire !) Je plaisante,  car oui on m'avait bien mis en garde. Du coup j'ai consacré deux semaines à spéculer sur ce que pouvait être l'anguille sous roche de ce bon Gaston.

: Qu’est ce qui te plait dans le personnage de Gaston Lagaffe ?

 

: Je crois que j'aime ce qu'il permet d'être. Il est une sorte de permission incarnée en personnage. Ce monde a besoin de lui, car il est plus que nécessaire de laisser libre cours à son gringrin, sans toujours penser aux conséquences.

 

: Pourquoi cette pose ?

 

: D'autres m'auraient vachement plu aussi du moment qu'il rayonnait de feignasserie...(Rire !) C'était mon envie de prime abord, mais sur un prochain projet j'irai certainement voir du côté de son génie.

: Beaucoup évoquent la difficulté de transposer le trait nerveux de Franquin et plus particulièrement Gaston Lagaffe en 3D. Comment t’y es-tu pris ?

 

Il y avait forcément une raison au fait qu'autant de figurines de gaston soient si loin du pur style de Franquin. J'ai médité deux semaines sur les meilleures options de transposition qui s'offraient à moi.  J'ai redoublé de vigilance car je savais que ses fameux coups de feutre nerveux ne pouvaient pas être traduits au premier degré, de même que pas mal d'effets qu'il utilise, car propre à la 2D. Par exemple, Franquin fait apparaître des détails se trouvant sur la face cachée du personnage, ce qui fait que même de profil on peut voir les deux oreilles de gaston... Le genre d'effets typiquement intransposables en volume.

 

J'ai donc traduit les effets  Franquinesques en m'efforcant de leur trouver des équivalences sans les copier littéralement. Je me suis dit qu'avant tout, le rôle que jouent tous ces effets c'est d'augmenter la vitalité de chaque tournure, au point quelles semblent vivre par elles-mêmes, indépendamment de l'ensemble. J'ai tenté de raisonner de la même façon en langage sculptural.

 

Pour prendre un exemple, j'ai vu dans son pull à col roulé l'occasion de donner plastiquement la sensation qu'il pique. J'étais très surpris qu'on l'ai représenté si lisse en figurine jusqu'à présent. L'impression que la laine pique donne vie aux tournures de son pull et permet d'être en résonance avec les sensations que Franquin procure par ses effets.

 

Une même sensation peut être suscitée avec différentes approches, du moment que c'est la sensation qu'on vise et non pas seulement l'imitation. C'est en tout cas le pari artistique que je me suis lancé depuis que j'ai commencé à faire de la parabd. Je n'invente rien, les meilleures reprises passent toutes par une certaine "trahison" du sujet d'origine, car la marge de liberté ainsi obtenue permet de tenter des tournures expressives, des impressions touchantes.

 

Lorsqu'on adopte la stricte attitude du copiste on passe à côté du sensible.

: Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées dans ton travail de sculpteur sur cette pièce ?

 

J'ai dû le reprendre au niveau de son torse car il était trop tassé, il fesait "nabot". Lui redonner 3 cm a tout changé. Puis je lui ai rajouté de la longueur de pieds. A cette époque Franquin dessinait les pieds aussi long que les jambes. Tant mieux, car du coup Gaston à pu se passer de socle !

: Et au niveau fabrication, quels points ont demandé une attention particulière à la production en série ?

 

Les mèches folles ont été un vrai défi technique, d'abord modelées en résine blanche sur des tiges de cuivre j'ai vite compris qu'en série il allait falloir passer à du vrai métal et qu'elles puissent être amovibles. J'ai d'abord cherché à les faire faire en fonderie d'art, mais mon ami fondeur (Fabrice Lebar) m'en a dissuadé. Il m'a pris les mèches originales et m'a dit d'un ton délectable: "J'ai une idée ! Laissez-les moi quelques jours !" Et il a trouvé...

 

Au final, après les avoir vectorisées, les 5 modèles de mèches ont été découpés dans de la plaque de laiton, avec la technique du jet d'eau,  puis Fabrice a récupéré les 250 mèches brutes et s'en est allé chez un ami coutelier pour utiliser son matériel d'affûtage, car chaque mèche est d'épaisseur progressive. Puis Fabrice est revenu à son atelier de fonderie pour souder une à une des tiges de laiton à chaque départ de mèche pour qu'on puisse les emboîter dans les trous percés sur la tête.

 

Franchement, Il y avait suffisamment d'embûches pour qu'on renonce à le faire. Je ne suis pas peu fier qu'on ait tenu bon, ça valait la peine !

 

: Qu’est-ce que cette création t’a appris pour tes futures réalisations ?

Par définition, les embûches continueront de se trouver là où je ne les attends pas. Ça serait trop facile sinon ! Je dirais qu'un auteur tel que Franquin ne se comprend vraiment que sous l'angle de la générosité. C'est la plus belle des écoles car elle vous bonifie. J'espère que mes prochaines pièces seront pleines de générosité.

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