Interview de Dominique Mufraggi (Yakari & Petit Tonnerre)

: Quand éo t'a proposé de sculpter Yakari sur Petit Tonnerre, comment as-tu accueilli le projet ?

 

: J'ai dit "chouette, une pièce en mouvement !" C'est toujours ce que je regarde en premier. Les pièces en mouvement sont celles dans lesquelles ont peut trouver un état d'âme.

 

C'est un projet très costaud. Déjà en soi car en équilibre et cela faisait longtemps que je n'avais pas sculpté de la para-bd.

 

De plus, avant de sculpter une pièce, j'ai toujours les chocottes. Je me demande toujours si je vais réussir à trouver l'esprit! Dans un bloc on a toutes les possibilités de 3D. Le dessin est très rapide et on a que 2 plans à gérer.  En 3D, il y a des milliards de possibilités au cube (de cire).

 

: Comment as-tu procédé pour transposer Yakari en 3D ?

 

: Je ne procède pas. Je la vois directement en 3D. Or je me suis aperçu que tout le monde ne voyait pas forcément en 3D. C'est pour cela qu'avec certaines BD je n'accroche pas car je trouve qu'elles sont dessinées en 2D comme par exemple Manara ou Tilleux avec Gil Jourdan. Dérib, lui, dessine, selon moi, vraiment en 3D ; comme Hergé bien qu'en ligne claire. Ces dessinateurs eux-mêmes, pourraient être sculpteurs, car ils voient en 3D.

 

: A quelles difficultés as-tu été confronté pour réaliser cette sculpture ?

 

: La difficulté pour moi est de trouver ce qui caractérise la BD. C'est un poney, certes !  Mais pas rondouillard comme un poney. Il faut retrouver ce qui caractérise l'esthétique de Petit Tonnerre. Tout le monde sait sculpter un cheval, avec 4 pattes. La 3D doit aller plus loin et servir l'état d'âme de la BD. Le problème est de sculpter ce cheval là, dans cette BD là et non de sculpter un cheval.

 

Il y a plus de 10 ans, pour la joaillerie, j'ai sculpté 48 chevaux dont aucun n'était dans la même position. La sculpture du cheval n'était donc pas le problème dans le cas présent. Le sujet était Petit Tonnerre dans cette BD là, et si on n'y parvient pas, on est à coté.

 

La transposition des cheveux et poils est aussi toujours un énorme problème car la fluidité de ce que peut être la crinière est très difficile à retranscrire. Elle doit répondre aux contraintes techniques et moulable. On peut toujours sculpter une usine à gaz qui ne soit pas reproductible et ça ne sert à rien!

 

: Comment as-tu procéder pour les contourner ou les résoudre ?

 

: Je me fais des propositions et si cela ne va pas, je recommence.

 

Pour le visage de Yakari, j'ai fait appel à l'expertise de Pascal Rodier qui a une grande habitude de traiter des personnages de ce style. Quand on rencontre une difficulté soit on s'acharne à travailler dessus, mais ce n'est pas forcément la bonne méthode ; soit on pose la pièce, on l'oublie quelques jours et on la regarde à nouveau comme si on ne l'avait jamais vue, pour reprendre le travail.

 

Je demande aussi l'avis des gens autour de moi. Je n'en tiens pas forcément compte mais ce sont des pistes de réflexion. Les gens qui ne connaissent pas le travail de sculpture font des remarques qui amènent à envisager ce que j'ai fait d'une autre façon,

 

: Y a-t-il eu au contraire des éléments qui t'ont parus évidents à transposer en 3D ?

 

: Je n'ai eu aucun doute sur le traitement de Yakari, comme pour les poches aux coudes et aux genoux, le traitement des coutures, ... Il n'y a eu que pour le visage où cela a été moins évident (Merci Pascal !).

 

J'ai eu plus de doute sur l'attitude du cheval et le rapport entre Yakari et Petit Tonnerre.

 

Si on prend les cotes, on ne tombe pas forcément juste et harmonieux en 3D. Il faut que ça aille bien ensemble si on respecte les cotes de la 2D, ça ne fonctionne pas en 3D.

 

: Au final, si tu portais un regard autocritique sur ta réalisation, que dirais-tu ?

 

: Je suis incapable d'avoir un avis sur ce que je viens de sculpter. Je vois tout ce que j'aurais pu faire autrement, car même pour ressembler à la BD il y a des milliers de possibilités en 3D. Je ne peux en avoir un avis que plusieurs mois après.

 

Par ailleurs, quand je vois la pièce en couleur, ce n'est plus la mienne.

 

Je savais aussi que Pascal réaliserait la fabrication. Je me suis aperçu a posteriori que je m'étais spontanément censuré, sinon j'aurais fait pleins de petit détails. Par exemple, sur Yakari, j'aurais sculpté des tas de petits accros sur le vêtement ou des petites touffes de poils hirsutes sur Petit Tonnerre et je ne me suis pas autorisé à les faire. Je me suis conformé, à mon insu, à ce que je ressens de l'esthétique de Fariboles, sans que ce soit une demande formulée.

 

Pour ce type de sculpture il faut aussi plein de temps et il m'en manquait.

 

: Envisages-tu de poursuivre ta collaboration avec éo ?

 

: Il n'y a aucune raison qui ferait pencher pour dire non !  Nous avons eu un bel esprit d'équipe où chacun était consciencieux de ce qu'il faisait et respectueux de ce que faisaient les autres. Et toi ?

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